BENANTEUR, Les Élus, 1986. Huile sur toile, 150 x 350 cm. Musée de l’IMA. Donation Claude & France Lemand. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Claude Monet, des jardins en héritage.
Les Franciscaines, Deauville, France.
Exposition du 11 juillet au 1er novembre 2026.

Les Franciscaines : 

Monet, des jardins en héritage.
Imaginée à l’occasion du centenaire de la mort de Claude Monet (1840-1926), cette exposition propose une relecture sensible et contemporaine de l’héritage du maître de Giverny, mettant en résonance son œuvre avec les regards d’artistes qui, à travers le monde, partagent une même fascination pour la lumière, les jardins et la couleur.
S’appuyant sur des prêts exceptionnels issus notamment des collections du musée d’Orsay, du musée Marmottan, des musées de Dreux, de Saint-Étienne ou de l’Institut du monde arabe (Donation Claude & France Lemand), le parcours fait dialoguer les œuvres de Monet avec celles d’artistes revendiquant sa filiation. Du Japon à l’Afrique du Nord, de l’Europe à l’Amérique du Nord, l’exposition révèle l’universalité et la vitalité d’un héritage qui n’a cessé de traverser les frontières et les générations. Avec les peintures d’Abdallah Benanteur, Jean-Paul Riopelle, Reiji Hiramatsu, et les photographies de Jean Gaumy, Bernard Plossu, Jorma Puranen.

Claude Lemand :

Benanteur, cycle Les Élus.
Né en 1931 à Mostaganem, Abdallah Benanteur a baigné dans un milieu familial et culturel algérien sensible à l’écriture et au livre manuscrit enluminé, à la poésie mystique musulmane, à la musique et au chant andalous. Après ses études à l’Ecole des beaux-arts d’Oran, il s’établit à Paris en 1953, dont il a fait sa capitale de vie et de création. Il s’est éteint le 31 décembre 2017 à Ivry-sur-Seine.

Malgré le contexte historique d’une guerre coloniale aux conséquences tragiques et le milieu social défavorable dans lesquels il a vécu, Abdallah Benanteur sera le seul artiste originaire du Monde arabe à avoir si tôt et si profondément intégré dans sa peinture l’esprit des Nymphéas de Claude Monet. Composé d’un polyptyque et de deux triptyques d’égales dimensions 150 x 350 cm (Les Élus, L’Élu et Les Élus du soir), le cycle des Élus est une œuvre symphonique, constituée de trois mouvements qui se répondent et se complètent, l’hommage de Benanteur aux grandes œuvres monumentales de la peinture européenne classique et surtout l’aboutissement d’un dialogue de trente ans avec les Nymphéas du musée de l’Orangerie, immense cycle de peintures conçu et réalisé par Claude Monet comme le « Monument aux morts et à la Paix » qu’il voulait offrir à la France. Il l’avait promis à son ami Georges Clémenceau, l’homme politique patriote et universaliste, foncièrement anticolonialiste, un anticlérical passionné d’art et de pensée bouddhiste.

Le cycle des Élus constitue un sommet dans la carrière de Benanteur, le plus beau « Monument aux morts pour l’indépendance de l’Algérie et la disparition du colonialisme », un chant d’espoir que les instincts de Vie de la fragile Humanité seront plus forts que les instincts de Mort, afin qu’adviennent enfin la paix et la fraternité universelles tant attendues d’un Jardin d’Eden planétaire. Les visiteurs pourront venir en pèlerinage le voir dans la Salle des Élus qui lui sera consacrée dans la nouvelle scénographie du musée de l’IMA : un lieu de mémoire, de réflexion, de contemplation et de jouissance esthétique.

BENANTEUR, Les Élus, 1986. Huile sur toile, 150 x 350 cm. Musée de l’IMA. Donation Claude & France Lemand. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Les Élus, 1986. Polyptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.

Un paysage vaste et paisible, traversé de larges trouées blanches, irréelles et diaphanes, comme la série des Nymphéas de 1907-1908 de Claude Monet. C’est la résurrection des morts, par vagues successives, en douceur. La Nature et les Humains sont pris dans un mouvement ascensionnel, à travers un jardin paradisiaque (formes, couleurs et lumière), qui monte vers le ciel. Parfois solitaires, les élus sont plus souvent regroupés par deux, trois ou plusieurs figures. Ils semblent heureux de se retrouver, de flotter en grappes autour des branches. Tous vêtus de blanc, sans aucun signe distinctif de genre, Les Élus seraient les combattants Algériens morts pour l’indépendance de l’Algérie.

BENANTEUR, L’Élu, 1987. Huile sur toile, 150 x 350 cm. Musée de l’IMA. Donation Claude & France Lemand. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

L’Élu, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.

Le paysage représenté est celui de l’Algérie, prise dans un mouvement tellurique, image de son soulèvement anticolonial et de sa guerre d’indépendance : explosion de volcans et projection des laves et des terres dans l’océan. L’Elu est clairement désigné par Charef, le frère cadet d’Abdallah, mort au combat sur la terre algérienne et représenté en apesanteur en habit de lumière, comme une apparition tout en haut du panneau central, en conversation avec son frère aîné, debout au sommet de la montagne et vu de dos, sa chéchia rouge traditionnelle sur la tête. Grande importance symbolique de L’Elu, qui contraste avec la place très réduite qu’il occupe dans le triptyque, rempli dans sa presque totalité par le paysage, l’immense « Nature » algérienne qui porte l’Élu. Contrairement aux peintures européennes, où les figures de la foi chrétienne occupent le devant de la scène et la quasi-totalité de l’espace, mais conformément à la peinture chinoise et japonaise, où la taille minuscule des Humains donne la mesure de l’immensité de la Nature dont ils font partie et qu’ils ne dominent pas.

BENANTEUR, Les Élus du soir, 1987. Huile sur toile, 150 x 350 cm. Musée de l’IMA. Donation Claude & France Lemand. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris

Les Élus du soir, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.

Le mouvement tellurique continue, mais assagi. Les personnages s’élèvent dans des couleurs nocturnes et l’atmosphère y est encore dramatique. Les Élus du soir est dédié aux Français et Etrangers qui ont milité pour l’indépendance de l’Algérie, pour la justice et la paix. Les morts sont en blanc. Plus nombreux, les vivants sont en bleu. Dans ses entretiens, Benanteur évoquait volontiers son idéal d’égalité et de fraternité entre tous les Humains. Ces Élus du soir seraient les « ouvriers de la onzième heure » de la parabole de l’Evangile (Matthieu 20,1-16) : embauchés en fin de journée, ils ne travaillent qu’une seule « heure » mais, le soir venu, le maître de la vigne les rémunère le salaire d’une journée entière. Ainsi, l’humaniste et universaliste Abdallah Benanteur affirme que les Français et les militants internationaux solidaires sont égaux aux martyrs Algériens et doivent être honorés au même titre.